J’allaite (toujours) ma fille

J’ai toujours regretté de n’avoir allaité mon fils que sur une courte période, pour des raisons que je développerai peut-être ici plus tard. C’est donc tout naturellement que 10 ans après j’ai donné sa première tétée à notre petite fille en salle d’accouchement, avec dans l’idée de me donner tous les moyens de réussir mon allaitement pour que choupette profite de tous ses bienfaits au moins pendant les six premiers mois de sa vie.

Durant mon séjour à la maternité je me suis beaucoup appuyée sur l’équipe de sages femmes, n’hésitant pas à leur poser des questions, en les appelant pour qu’elles viennent m’aider à mettre ma fille au sein quand elle n’arrivait pas à le prendre et s’énervait. J’ai essayé de retenir chacun de leurs précieux conseils et je suis repartie chez nous plus confiante que jamais en la suite de mon allaitement mais surtout, comble du glamour, avec une feuille de chou préalablement réfrigérée posée sur chaque sein et dépassant du soutien gorge ! J’ai d’abord cru avoir mal compris ce que me proposait la sage femme pour soulager ma montée de lait douloureuse puis elle est revenue avec le fameux légume, m’expliquant que le chou cru avait des propriétés anti-inflammatoires et soulagerait bien ma poitrine anormalement enflée, à condition de le garder en place au moins 1 h. Cela a été très efficace et ma fille n’a pas semblé être dérangée par quoi que ce soit à la tétée suivante.

Les premiers mois de l’allaitement se sont parfaitement déroulés. Il faut dire que j’ai eu la chance de ne souffrir d’aucun problème,  pas de crevasses ou d’inflammations et la crème que j’avais prévue « au cas où » n’a jamais servi… Pour les nuits nous avions placé le petit berceau en carton de choupette dans notre chambre pour pouvoir la surveiller et pour que je puisse la mettre au sein facilement. Nous avons donc souvent cododoté durant cette période – en respectant bien sûr les règles de sécurité qui s’imposent alors – et je garde un merveilleux souvenir de notre petite bonne femme paisiblement endormie entre nous deux et se remettant à tétouiller quand elle le souhaitait.

J’avais beaucoup de lait et comme j’étais peinée de ne pas avoir pu le faire lors de mon premier allaitement, j’ai contacté le lactarium de ma région pour donner un peu de ma « production ». Mon tire-lait électrique de location est donc devenu très vite mon meilleur ami.  Je l’utilisais le matin en vidant le sein que ma fille venait de téter puis je tirais le lait de l’autre sein qu’elle n’avait pas pris. De 60 ml tirés au début je suis arrivée assez rapidement à 120-150 ml. Je suis assez nostalgique de cette période. J’ai du mal à l’expliquer mais cela m’a apporté beaucoup de satisfaction de remplir chaque jour mon petit biberon pour le lactarium. J’étais heureuse de pouvoir aider les familles de petits bébés nés bien trop tôt. En parallèle, j’ai commencé à me documenter un maximum sur la façon de concilier travail et allaitement car il était hors de question que j’arrête d’allaiter ma fille à la fin de mon congé maternité. C’est ainsi que je suis tombée sur le blog de Véronique Darmangeat À tire d’ailes qui est devenu mon meilleur allié. Je l’ai parcouru en long, en large et en travers et je suis vite devenue experte ès conservation et gestion du stock de lait maternel. Ce blog est une mine d’or pour les mamans désireuses de poursuivre l’allaitement à la reprise du travail et je pense avoir réussi ce challenge véritablement grâce aux précieux conseils de Véronique.

Je me suis donc mise à faire mon stock de lait en prévision des journées où ma fille serait gardée, soit 4 jours par semaine car j’avais décidé de prendre un congé parental d’un an en travaillant à 80%. Avec deux ou trois tirages par jour et en continuant à donner au lactarium j’avais mis de côté environ 4 l de lait congelé au moment de ma reprise !

Les jours qui ont précédé la période d’adaptation chez la nounou, nous avons à sa demande commencé à donner des biberons de mon lait. C’est papa qui s’en est occupé et cela ne s’est pas trop mal passé. Les quantités bues n’étaient pas énormes (< 60 ml environ) alors je faisais téter ma fille ensuite. Puis ce fut au tour de la nounou de donner le biberon lors d’une journée d’adaptation presque complète et en attendant de récupérer choupette je n’avais qu’une seule idee en tête : allait-elle avoir accepté le biberon et en aurait-elle bu une bonne quantité ? J’étais inquiète car il arrive que certains bébés allaités refusent de se nourrir durant les heures de garde…Mais tout s’est déroulé parfaitement, Mila a bu tout son biberon et nous étions prêtes pour la reprise !

J’avais prévenu le lactarium que j’allais malheureusement arrêter de donner mon lait quand je retravaillerai car cela me semblait difficile de gérer un tirage en plus de ceux que j’allais devoir effectuer pour les biberons de ma fille. Avec le recul je pense que j’aurais pu continuer à donner sans trop de difficultés car notre pépette ne buvait pas de grosses quantités dans la journée…

J’utilisais donc un tire lait manuel au travail sur mon temps de pause du midi. Je n’ai pas voulu emmener mon tire lait électrique mais j’aurais du, cela aurait raccourci le temps de tirage et rallongé mon temps de repas avec les collègues… Je tirais l’équivalent d’un biberon de 120 à 150 ml en à peu près 25-30 min, soit la quantité de ce que buvait ma fille le midi chez la nounou. Je stockais ensuite le lait dans le frigo au travail et le transportais le soir dans une petite sacoche isotherme très pratique avec pain de glace. Je tirais de nouveau le soir vers 23 h pour le biberon du goûter du lendemain. Et ainsi de suite, et cela 4 jours par semaine jusqu’aux 8 mois de la puce. À cette période, diversifiée très progressivement depuis ses 5 mois, minette a commencé à sérieusement bouder les biberons, dont les quantités sont par ailleurs toujours restées les mêmes. Nous avons donc remplacé le biberon du midi par un yaourt nature et Mademoiselle a adoré !

J’avais progressivement puisé dans mes stocks quand certains soirs je n’avais pas le courage de tirer mon lait ou pour compléter un tirage du midi qui ne s’était pas très bien passé à cause du stress au travail, ou encore parce que j’avais oublié le biberon à visser sur le tire lait et que je devais faire le tirage à la main dans une petite bouteille (les quantités récoltées dans ce cas n’étaient pas terribles…). Ma fille ne buvant plus qu’un petit biberon au goûter j’ai décidé d’arrêter de tirer mon lait le midi au travail et je dois dire que ça ne m’a pas déplu car cela commençait à devenir lassant de me retrouver tous les midis isolée en tête à tête avec Manuel (après tout ce temps passé à lui offrir mes mamelles nourricières il fallait bien que je lui trouve un petit nom !).

Le biberon du goûter fut aussi rapidement remplacé par un laitage. Je finis mon stock de lait congelé et allai rendre mon tire lait de location à la pharmacie un peu après les 1 an de la puce.

Depuis nous avons gardé une vitesse de croisière de trois tétées (le matin, vers 18h et avant dodo) les jours où je travaille et c’est open bar le reste du temps. L’allaitement à la demande a été pour moi le meilleur moyen de mettre en place ma lactation et de la maintenir malgré la reprise du travail. Je ne suis pas pour autant « esclave » des tétées car depuis que la puce accepte d’autres laitages je m’accorde de prendre l’apéritif certains weekend et ma fille comprend alors que je lui dise non quand elle réclame le sein. Je peux lui dire non également si je considère que ce n’est ni le lieu ni le moment. Par exemple je ne la laisse pas téter quand je la retrouve le soir alors qu’elle en aurait bien envie. Je préfère libérer nounou rapidement, car elle aussi a bien mérité sa soirée, et rentrer à la maison où nous profiterons mieux toutes les deux de ce moment.

Cet allaitement, j’espérais qu’il durerait au moins six mois et voilà que nous en sommes à bientôt 22. Je ne sais pas combien de temps encore je donnerai le sein, je laisse faire le temps, je suis mon instinct maternel et fais confiance à ma fille, à ce qu’elle me fait ressentir. C’est encore un bébé, un grand bébé certes, mais je ne vois aucune raison de la priver pour l’instant de ce plaisir, de cette tendresse et de cette protection qu’elle réclame encore.

Je suis fière du choix que j’ai fait et fière d’avoir tenu le coup car contrairement à ce que mon récit pourrait faire croire, ce n’est pas tous les jours tout beau tout rose. J’ai aussi des moments de doute, de culpabilité, de grosse fatigue (ma fille n’a pas fait sa première nuit avant ses 8 mois et elle se réveille encore tous les matins pour téter entre 5h30 et 6 h), sans compter les trop nombreuses réflexions de personnes sans doute bienveillantes mais totalement ignorantes du sujet. Heureusement, grâce au soutien du père de mes enfants, qui n’a jamais remis en cause mon choix d’allaiter ni celui de continuer à le faire jusqu’à maintenant, je ne me suis jamais sentie seule face à ces difficultés.

Voilà, j’arrive à la fin de ce post et je vous remercie d’avoir eu le courage de me lire jusqu’au bout 😉 J’espère que le récit de mon allaitement pourra aider de futures mamans qui hésiteraient à se lancer dans cette belle aventure. Je serais heureuse également de lire vos propres expériences ou d’essayer de répondre à vos questionnements.

Pour finir, sachez que je ne condamne pas ni ne juge les mamans qui n’allaitent pas leur enfant. J’ai moi-même donné le biberon à mon fils avec tout autant d’amour qu’en donnant le sein à sa petite soeur. Je voulais juste leur donner ce que j’estime être le meilleur, et il se trouve qu’en tant que femme il m’a été donné de le faire de la façon la plus simple et la plus naturelle possible. Ce super pouvoir d’allaitement me fait me sentir une super maman et ça aussi c’est très important.

Breastfeeding is the best feeding

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Comments

  1. beboxaddict says:

    Ta puce a beaucoup de chance,et toi aussi d’ailleurs, personnellement le fait que tu allaite alors que c’est un « grand bébé » ne me choque absolument pas, je trouve vraiment que c’est une chance et un moment tellement privilégié…Il faut en profiter tant que ça dure…Les enfants grandissent et « s’émancipent » tellement vite… gros bisous

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